Paris-Dunkerque (5e édition)

Paris-Dunkerque (5e édition)

Je suis dans le train. Je vois le paysage défiler par la fenêtre. Il y a des champs immenses confiés à des horizons infinis, des sous-bois tentaculaires et parfois, aussi, quelques maisons posées ci et là. Au milieu de ces paysages : des chemins. De grandes lignes droites, quelques courbes, des dénivelés jonchés d’herbe, de terre et de pierres. Je distingue des ornières plus ou moins profondes, des guets et de grandes flaques d'eau. Des images me reviennent alors, puis des émotions qui m’ont habitées pendant 3 jours de randonnée à moto. Après avoir fait le désormais mythique Paris-Dunkerque organisé par l'excellent staff de CocoricoRando. Aussi sympathique que cela puisse l’être, cette expérience de 700 km est une aventure à part entière, parfois difficile (et c’est aussi tout l’intérêt), qui mérite d’être vécue pour se dire à l’arrivée : je l’ai fait ! A chacun son défi.

Nous sommes le jeudi soir et en cette veille de départ, le Tiger est fin prêt. En vérité, il l’est depuis une semaine déjà, mais les détails de dernières minutes font que j’ai toujours besoin de vérifier et revérifier ma check list, d’optimiser le poids des bagages, entrer les différentes adresses des checkpoints sur mon GPS et de veiller à ce que ma moto soit la mieux préparée possible. Demain c'est le grand Jour et l'excitation est là. J'aime ressentir ça et je sais aussi qu'il va falloir sortir de sa zone de confort, toutes proportions gardées. Il y a aussi une pointe d'appréhension de se blesser ou de casser ma moto. Le March Moto Madness m’a pourtant aidé sur ce point. Je n’ai aucun doute sur le fait que, tôt ou tard pendant ce voyage, j’irais au tas, d’où l’importance de protéger aux mieux moto et pilote.

Un air de Dakar, ou presque...
Cette année, le départ est donné à Ennery dans l’Oise. Pour d’obscures raisons liées à la politique anti deux-roues de Madame Hidalgo ainsi que l’état d’urgence installé dans notre pays, le départ ne se fera plus du Trocadéro. Il faut voir le bon côté des choses, les premiers chemins sont à 500 mètres. Il règne, en cette fraîche matinée de mai, une ambiance de Paris-Dakar, et près de 200 pilotes sont aujourd’hui présents. Des motos toutes plus belles, les unes que les autres, des anciennes (Dominator, XL, DR, Africa Twin, Dzebel, Super Ténéré) qui me rappellent les années où, gamin, je rêvais déjà devant les images du Dakar à la télé. Il y a évidemment les trails et maxi trails de nos jours (Africa Twin CRF 1000, GS1200, F800, Tiger 800 – je n’en ai compté que 3 !) et même des side-cars qui sont, de toute évidence, l’assurance de ne jamais tomber.

Après un brief relativement rapide, il est temps de partir. Les moteurs des 200 pilotes se mettent à démarrer quasiment à l’unisson dans un vrombissement spectaculaire. C’est parti pour l’édition 2017 ! Le départ est donné par intervalle régulier pour éviter qu’une horde de motards frénétiques aillent labourer les chemins tous en même temps. Nous avons constitué un groupe de six pilotes et nous prenons le départ ensemble. Parmi eux, je n’en connais que 2. Il y a Alexis, fidèle au poste avec son Africa Twin (du blog Braap) et mon ami Nico avec sa Yam’ 250 cc, grosse expérience en cross et trial. Pour le reste, j’apprendrais à les connaître pendant l’aventure.

Première pause... nécessaire !

Première pause... nécessaire !

Les premiers kilomètres sont hésitants, car il faut renouer avec le pilotage off road et une moto chargée, trop d’ailleurs, mais je le découvrirais plus tard à mes dépens. Dès les premiers mètres, je croise une ancienne Africa… en panne. Ca promet !

La cohésion de groupe, une drôle d'histoire
Il fait beau maintenant, le soleil fini par percer le voile du nuage et les champs de colza, d’un jaune vif, s’offrent à nous. Passé l’euphorie du départ, les premières difficultés arrivent et je me retrouve rapidement par terre. Une roue avant qui se dérobe dans une ornière et c’est la chute. A faible vitesse, heureusement. Comme je ferme la marche du groupe, je me retrouve seul car personne ne s’est rendu compte que je suis tombé. Cela sera le début d’une longue et pénible série pour cette première journée. J’attends quelques minutes que d’autres motards arrivent à mon niveau et m’aident à relever la moto. Nous ne sommes pas trop de trois pour relever la bête. Un petit check-up du Tiger, histoire de voir si tout va bien. RAS. Je l’enfourche et démarre aussitôt. Après avoir ramassé, à mon tour, un gars en GS qui s’est gaufré tête la première dans une mare de boue, je finis par rejoindre mon groupe qui m’attend à l’occasion d’une pause casse-croute bien méritée.

Il y a toujours un truc à faire pendant une pause... 

Il y a toujours un truc à faire pendant une pause... 

Le problème est qu’ils n’ont pas fini de m’attendre. Je suis le moins expérimenté du groupe et aussi le plus lourd. Ces messieurs ayant bien évidemment décidé de prendre la trace extrême, sinon ce n'est pas drôle. Le paysage est très beau, vallonné à souhait, mais je t’avoue qu’à ce moment précis, je suis plus que concentré sur l’idée de ne pas tomber une nouvelle fois. Je finis par bel et bien perdre le groupe à la mi-journée. Seul restera avec moi « CapMan », de son vrai nom JSylvain, (il a porté une cape rouge pendant tout le périple, une sombre histoire de pari perdu avec son cousin ou un truc dans le genre…)  qui m’aura aidé pour la suite de la journée à relever la moto. En bon Saint-Bernard qu’il est, je ne peux pas demander à mon nouvel ami trop d’efforts, au risque de pourrir sa première journée. Vers 15h et après ma huitième chute, je décide de rentrer au bivouac par la route. Je t’avoue qu’à ce moment précis, je me demande sérieusement ce que je fais là et si je ne dois pas, purement et simplement, abandonner. Je suis fatigué d’avoir eu à relever ma moto autant de fois. Force est de constater, qu’à ce moment précis, je ne prends plus de plaisir et ai peur de casser ma machine ou pire : me blesser. Bref, le moral n’y est plus et l’excitation du début laisse place à un certain questionnement. Comme je sais qu’il ne faut pas réagir à chaud, je choisis de laisser passer la nuit au bivouac. Demain, j’aurais les idées plus claires. Il faut dire que je passe une bonne partie de la journée presque seul et ce n’est pas l’idée que je me fais du Paris-Dunkerque.

Arrivé bien avant les autres, je monte ma tente et je prends un petit moment pour me remettre de mes émotions face au petit lac de l’étape du soir. J’avais du mal à me dire que j’allais abandonner aussi facilement. Il m'a fallu boire des bières avec les copains pour me rebooster. Et j'ai fini par me convaincre : je bouclerais le Paris-Dunkerque coûte que coûte.

Demain est un autre jour
Après une presque bonne nuit de sommeil bien fraîche, bercée par le bruit des grenouilles, il est temps de plier le camp et de prendre le départ. Notre groupe s’étoffe d’un membre supplémentaire : Philippe sur sa Suzuki Djebel. Nous sommes désormais 7 pilotes à suivre la trace « extrême » pour cette seconde étape. Même si finalement, les CapMan (mon Saint Bernard d’hier et son acolyte) décident de faire les 250 km d’aujourd’hui en tête à tête.

Au petit matin sur le campement, tout le monde s'éveille.

Au petit matin sur le campement, tout le monde s'éveille.

Je me suis demandé, en voyant ces poneys, si je ne devais pas en prendre un pour continuer ? 

Je me suis demandé, en voyant ces poneys, si je ne devais pas en prendre un pour continuer ? 

La matinée se passe bien et pour l’essentiel de cette première partie du tracé, il s’agit de chemins assez roulants et sans grandes difficultés entre les champs. Je ne ferme désormais plus la marche et une cohésion commence à se mettre en place dans le groupe. Il y a un ouvreur et un fermeur, nous essayons de veiller les uns sur les autres et surtout s’assurer que tout le monde suit. Je me sens plus en confiance et, petit à petit, plus à l’aise. Surtout quand Philippe me donne un conseil primordial que j’ai trop vite oublié. Je roule en sous-régime ce qui ne permet pas de garder une véritable stabilité du train avant. Mieux vaut avoir de quoi ouvrir s’il y a un passage délicat. C’est là toute la difficulté de la chose : accélérer quand la moto semble perdre de l’adhérence. Avouons tout de même que c’est contre nature, non ?

Sang et eau
Mais parfois, la chute n’arrive pas au moment où on l’attend. C’est ce qui s’est passé pour notre ouvreur du jour qui tombe quasi à l’arrêt. Petite chute, mais gros bobo tout de même, puisque notre ami ne peut plus poser le pied au sol. Nous prenons la décision de dérouter le groupe direction les urgences de l’hôpital d’Arras. Le pied ne semble pas gonflé, mais le bouger reste assez douloureux. Il faut poser un diagnostique pour savoir s’il peut reprendre la route avec nous, mais cela semble compromis. Je prends alors le lead du groupe lorsque nous passons sur l’asphalte. En 30 minutes, nous arrivons aux urgences et laissons notre compagnon entre de bonnes mains. On apprendra le soir au bivouac qu’il avait simplement une entorse du pied et qu’il était rentré ensuite directement sur Paris.

C’est un petit coup au moral pour le groupe mais nous reprenons la trace juste après Arras. Le temps se couvre et la pluie ne va pas tarder à faire son apparition. Au détour d’une belle montée, le chemin est coupé. L’un des trois gars d’Epicurial (atelier de préparation moto), avec qui je parlais justement ce matin, s’est sérieusement blessé. Double fracture du tibia, les pompiers sont sur place pour s’occuper de lui. Voilà qui calmera définitivement mes ardeurs pour la journée, d’autant que maintenant… Il pleut !

Après une ultime chute, qui me fait carrément embrasser un gros arbuste, et a littéralement pulvérisé mon rétroviseur gauche, nous décidons de continuer par la route pour rejoindre notre bivouac. La journée a été riche en aventure et nous ne nous faisons pas prier pour monter la tente sous la pluie, manger vite fait bien fait, sans oublier la bière avec les copains pour débriefer. Demain sera la dernière étape. J’ai hâte !

La pluie, les affaires mouillés, c'est du surfait. Ce qui compte c'est le moral... au beau fixe !

La pluie, les affaires mouillés, c'est du surfait. Ce qui compte c'est le moral... au beau fixe !

Braap  !!!!

Braap  !!!!

Aussi loin que je le puisse
C’est sous un ciel chargé que nous nous levons ce matin. Il a plu une bonne partie de la nuit et j’ai bien dormi (selon mes voisins de tente, désolé les gars !). Nous prenons la route et cette fois, les 7 mercenaires de la Poussière sont au complet pour cette ultime étape. Etape qui nous rapproche donc de la mer. Les paysages sont d’ailleurs très vite grandioses. Les champs colzas qui nous suivent depuis le début, offrent un magnifique contraste entre leur jaune si lumineux et le gris profond des nuages. Au milieu et parsemées, des éoliennes gigantesques viennent rythmer les horizons et nous offrir un spectacle silencieux et apaisant.

Il ne fait pas beau, mais le paysage est splendide.

Il ne fait pas beau, mais le paysage est splendide.

Cette fois, je me sens beaucoup plus confiant. Peut-être qu’après deux jours de pistes, j’attrape enfin quelques automatismes ? Une sorte de communion se fait entre moi et ma moto. Je me surprends à lui parler, à l’encourager dans des passages plus délicats. C’est con, tu me diras, c’est juste un morceau de ferraille avec un moteur et je n’ai jamais été de ceux qui donnent des petits noms à leur moto/voiture/aspirateur mais pour le coup, je la traite comme une bonne âme protectrice que je chevauche fièrement. Il faut qu’elle m’emmène jusqu’au bout alors je ménage ma monture.

Il nous reste encore 80 km avant d'arriver.

Il nous reste encore 80 km avant d'arriver.

L'homme et sa machine.

L'homme et sa machine.

Un sandwich triangle en regardant ce paysage, c'est un moment unique.

Un sandwich triangle en regardant ce paysage, c'est un moment unique.

Coucou toi ! <3

Coucou toi ! <3

Après une petite pause casse-croute de rigueur et un point de vue imprenable sur la vallée, nous partons pour ce qui s’annonce être les derniers 80 km avant l’arrivée. Tout cela se fera sans encombre et c’est sur les derniers kilomètres d’asphalte que je me rends compte que, ça y est : c’est fini ! Notre troupe arrive donc sur la ligne d’arrivée ensemble, et après le pointage, chacun descend de sa moto. Nous trinquons à ces moments partagés, où chacun a appris un peu plus sur lui-même et, je l’espère, sur les autres. Je ne sais pas si finalement, chacun de nous se l’est vraiment dit, mais il a de quoi être un peu fier quand même ! Fier d’avoir accompli ce voyage jusqu’à son terme. Fier surtout d’avoir vécu une aventure singulière, belle et pleine d’échanges et de rencontres ! Le rendez-vous est donc pris l'année prochaine pour la Cathare. Même équipe ? 

La fine équipe à l'arrivée sur Gravelines.

La fine équipe à l'arrivée sur Gravelines.

J’oubliai, pour ceux que cela intéresse, j’ai tenu les comptes : je suis tombé, au total, 13 fois… Mais me je me suis relevé 14 ! C’est tout ce qui compte. 

Un grand merci à mes compagnons de route : Nico, Alexis, Ludo, Cédric, Julien, Sylvain et Philippe (merci pour le rétro, je te l'envois rapidement !).

Une petite pensée pour les blessés de cette édition. J'espère que vous reviendrez l'année prochaine !  

 

 

Chronique d'un roadtrip (presque) raté

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Retour sur le March Moto Madness 2017

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