LA ROUTE DES GRANDES ALPES – EP. 02 – ENTRE LES MONTAGNES

LA ROUTE DES GRANDES ALPES – EP. 02 – ENTRE LES MONTAGNES

Faudrait quand même pas déconner ! Je t'ai dit que ce voyage, moi, je voulais en faire un hymne à la liberté, une gloire à la baroude sauvage ? Je nous y voyais bien en train de camper en pleine nature avec un coucher de soleil entre les montagnes. Cette nuit, après m'être endormie dans un lit moelleux et l'estomac plus que bien remplis (lire l'épisode 1), il me fallait désormais de l'Aventure, la vraie ! Fini le gîte quatre étoiles, place maintenant à des kilomètres d'asphalte, des paysages incroyables et bien sûr le petit morceaux de Beaufort avec son bout de pain qui va bien, assis au milieu d'un champ devant un feu de camp !  

Et ça tombe plutôt bien, car justement, nous allons en direction du Beaufortain. Il fait un temps magnifique ce matin et déjà une chaleur accablante. Mettre notre équipement se révèle être un vraie punition. A 11 heures du mat', il fait déjà presque 28°C. Je maudis ce collant Bowtex en kevlar et avec ses protections D3O. C'est une bonne solution pour tous les jours, car il permet de mettre n'importe quel pantalon tout en gardant une très bonne protection et sans avoir le style "biker" pour aller bosser (même si les équipementiers font maintenant des produits plus sobres et plus élégants), mais au-dessus de 20°C, le collant est définitivement inconfortable. Rien ne vaut, je pense, le pantalon en textile avec ses ventilations pour avaler des bornes, y'a rien de mieux. A la fin de la journée, je n'ai donc qu'une envie : enlever mon collant. 

Une fois nos gilets airbag bouclés, c'est parti pour quelques heures de virolos sous ce soleil de plomb. Et tu t'en douteras, cela devient très vite assez beau ! Tellement beau que j'en oublie de prendre des photos dis donc... Faut dire que je suis plutôt pas mal occupé à conduire... que dis-je ? A piloter ! Car autant, sur Paris, l'A86 et l'A4 se révèlent être une forme de conduite basée sur la concentration et l'anticipation absolue, autant en montagne, il faut bien sûr intégrer ces notions et y ajouter deux-trois autres petites choses. J'avais déjà eu un petit avant goût lors de notre voyage en Auvergne quelques mois plus tôt, mais là, c'est carrément un cas d'école avec étude des trajectoires, placement précis sur la chaussée et optimisation freinage et remise de gas. Bref, en un mot : du pilotage. Je dois bien avouer qu'au début, je dois surement ressembler à un beau poireaux, pas très à l'aise. Va savoir pourquoi mais les virages en descente, à gauche, ne me rassurent pas. Je dois être trop crispé et mon placement sur la chaussée est carrément foireux. Je me retrouve à chaque fois sur la mauvaise voie. Je te rassure, il n'y avait jamais personne heureusement ! Bref, je me rendrais bien compte que c'est une histoire de pratique puisqu'à la fin du séjour, je négocierais les virages et les épingles à cheveux sur les routes étroites de cols bien plus aisément, presque les doigts dans le nez ! 

Passons là ces problèmes existentiels de conduite à moto, le soleil commence peu à peu à disparaître derrière de gros nuages qui n'augurent rien de bon. Il nous reste encore quelques heures de route pour rejoindre le Beaufortain. Nous ne savons pas vraiment où nous allons dormir ce soir. Sous la tente, c'est sûr ! Sûrement aux alentours de la station des Saisies, lieu que nous connaissons par cœur l'hiver pour y skier depuis quelques années. Nous traversons donc les Gets, Morzine puis Cluses et arrivons aux Saisies sur les coups de 16h00. Je consulte rapidement la météo sur mon téléphone : des orages sont prévus pour la nuit prochaine. Je préfère trouver un coin sécurisé pour bivouaquer ! Après discussion avec ma passagère préférée, nous décidons de trouver un camping qui nous permettrait de nous abriter en cas de pépin pendant l'orage. 

Mauvaise nouvelle, le camping des Saisies que nous connaissions est désormais fermé. A l'entrée de la station, nous voyons cependant un autre panneau "camping". Il s'agit en fait d'un camping d'alpages. Pour s'y rendre, il faut carrément emprunter des pistes de terre et de cailloux dans une pente relativement forte. Ne voyant pas la fin du long chemin, chargés comme des mulets, je préfère ne pas tenter le diable et nous faisons demi-tour. En plus, il se met désormais à pleuvoir à grosses gouttes ! En scrutant le ciel, je remarque que dans la vallée, il subsiste quelques endroits qui ont l'air relativement épargnés par le mauvais temps. Après vérification de disponibilité, nous irons donc dormir ce soir... au camping municipal de Beaufort. Je sais, tu vas me dire qu'en terme de notion d'aventure, on a vu mieux, mais je joue la sécurité sur ce coup-là ! On ne sait jamais ce que peuvent donner de gros orages en montagne. 

Nous arrivons donc au camping vers 17h30 et il fait beau ! Nous en profitons pour monter la tente, ranger nos affaires et nous extirper de notre costume de super motard. Un peu de légèreté ne fera pas de mal avec cette ambiance moite. En face de notre emplacement, vient d'arriver un Allemand avec sa BMW 1200 GS, un vieux modèle, millésime 2003-2005 semble-t-il. Le type semble être un vrai baroudeur solitaire, à en juger les nombreux autocollants des pays qu'il a visités et qui sont visibles sur ses valises métalliques. Pendant que nous montons notre campement, nous nous saluons mutuellement, mais cela sera le seul geste que nous ferons l'un envers l'autre ! Je ne sais pas si c'est parce que je me sens impressionné par ces vieux bourlingueurs ou parce que je ne parle pas un mot d'allemand, mais ce jour-là, je ne ferais aucun effort pour aller discuter ! 

Tenté montée, en attendant l'orage !

Tenté montée, en attendant l'orage !

Voilà, c'est fait. Le campement est monté. Je vais taxé gentiment l'électricité à un couple de retraités pour pouvoir recharger les batteries de nos téléphones/caméras/appareil photos. Il est maintenant venu le temps d'aller visiter rapidement Beaufort et surtout de trouver de quoi manger. Evidement, impossible de ne pas acheter ce fabuleux fromage que nous affectionnons tant ! (surtout quand nous passons devant la coopérative), une petite bière bue sur la place du village et retour au camping pour déguster notre bon fromage sur une bonne tranche de pain. Il y a des plaisirs simples dans la vie : du fromage, du pain, des montagnes... et sa moitié ! 

A la découverte des produits régionaux... Santé !

A la découverte des produits régionaux... Santé !

Nous nous glissons dans nos duvets respectifs alors que des orages, pour mon plus grand bonheur, arrivent sur nous. Le ciel se charge en électricité et j'entends des grondements au loin. Tu me croiras ou pas, mais être sous la tente pendant qu'un orage éclate, est pour moi un pur moment de plaisir. Cela me rappelle mon enfance où nous montions les tentes dans le jardin pour vivre l'excitation de l'orage et subir le phénomène aux premières loges. Sauf que, ce soir-là, les orages vont nous épargner finalement. Je ne te le cache pas, je serais déçu. A part de la pluie, nous n'avons pas eu beaucoup d'activité électrique... Je finis par m'endormir résigné. Demain s'annonce une journée incroyable avec le Cormet de Roseland, le fameux col de L'Iseran et un bivouac en Tarentaise si le temps nous le permet ! 

 

 

LA ROUTE DES GRANDES ALPES – EP. 03 – De col en col

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LA ROUTE DES GRANDES ALPES – Ep. 01 – La transition

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